Les yeux …
Le visage dans la glace était jeune et mur en même temps, comme s’il avait témoigné trop pour un vivant. On pourrait être pardonné pour le croire crevé, marqué par une vie dure. Mais une seconde vue changerait cette perception. Le secret restait dans les yeux. Au milieu du champ rude, ils brillaient comme des charbons ardents –la source de bien de regards méfiants. En ce moment, ils paraissaient calmes. Avec soin, l’homme a mis un chapeau - blanc à ruban noir, contrairement a son imperméable sombre. Puis, en silence, il est parti dans la nuit humide.
Dans le petit matin, un homme restait tout seul dans un café. Habillé simplement, avec un pullover blanc et un chapeau noir. A travers la porte, il regardait fixement le tableau vide dehors. Au loin, la silhouette d’une arène perçait le gris du matin. L’homme avait l’air de quelqu’un qui, comme le serveur décrirait plus tard – « attendait son destin ».
Silien a réfléchi au trajet capricieux de son histoire – la vie hors-la-loi, le grand coup, la trahison, et le séjour en prison. Ensuite, les années malheureuses passées sur la route, en travaillant avec un groupe itinérant de théâtre. Plus jamais le crime; son séjour l’avait trop affaibli pour ça. Mais un jour, la chance a tourné. Tout à fait par hasard, il avait trouvé sur la rue ce qu’il cherchait depuis si longtemps -son ancien complice dans le crime, et la cause de tous ses ennuis. Mais l’autre – où était-elle? Ça n’importait pas. Il l’avait suivi jusqu’à chez lui. Etonnamment, il n’avait pas l’air très riche. Silien voulait se venger tout de suite. Mais il s’était arrêté; il fallait d’abord obtenir quelques réponses. Donc, il lui avait écrit, l’invitant à une rencontre.
A 6h exactement, il a mis de la monnaie sur la table et est sorti.
« Arles », disait le panneau sur le quai. Le lieu de leur première rencontre, et ironiquement celui aussi de la dernière. En montant des allées anciennes et bien connues, l’homme au chapeau blanc s’est rappelé sa surprise en recevant la lettre. Une rencontre ? Et c’était lui qui faisait la demande. Un moment d’indécision, mais il avait accepté bien sûr. Et maintenant, il est arrivé.
Les arènes d’Arles. Le cœur de la ville et le site ancien des jeux humains. Mais en ce moment-là, aussi vide qu’un cimetière. De leurs coins et recoins dans la pierre, seulement des corbeaux montaient la garde auprès de ce monde souterrain.
Une petite ondulation… la garde a été troublée. Au milieu de grandes arcades sombres, une seul ombre s’est écartée. Quelques moments en plus, une autre a suivi.
Silien a senti quelque chose enfonçant contre le dos. Il s’est retourné, et pour un moment il lui semblait qu’il regardait dans ses propres yeux. Un moment de tension, et puis un sourire résigné. Enfin, sa chance a retrouvé son propre fil.
Et après des siècles, les arènes étaient encore à la hauteur de leur nom. Encore les genoux se sont effondrés sur terre pendant que le sable s’est taché de sang. Encore le drame humain s’est déroulé. Mais cette fois-ci, il n’y avait pas de spectateurs.
…
Assis sur la rive, un homme contemplant son reflet. A sa côté, un chapeau blanc. Des souvenirs inondant l’esprit. La bande – Silien, Marie, et lui. L’amitié et l’amour. Le sourire bouleversant. La promise d’un futur hors du crime. Le dernier coup. La trahison et l’abandonnement, tout incité par Silien sans doute. Chaque jour après, il avait pensé à ce sourire-la, et à la revanche. Enfin c’était fait.
Une touffe d’herbes aquatiques a flotté devant lui. Il a suivi son trajet a travers le reflet du soleil levant… Et maintenant ?
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