« Il se sent bien de sortir finalement ! Je passe trop de temps dans notre bureau ennuyeux, » dit-elle.
« Oui, moi aussi. J’avais besoin de quelque chose de nouveau. »
« Et j’ai très faim, donc ce serait parfait ! » Un serveur me passe avec une grande assiette de service, et quelque chose de familier attire mon attention.
Je me lève et je suis l’odeur du lardon qui monte de la cuisine. En descendant les escaliers, je la voie devant la cuisinière, portant rien que mon grand T-shirt blanc. Je ne dis rien, je ne fais rien que m’asseoir sur les escaliers et la regarder. Je la regarde danser aux pieds nus, ses cheveux d’or brillant avec les rayons matinaux du soleil.
« As-tu vu quelque chose que tu aimais ? »
« Eh…oui, oui… » Réponds-je.
« Ah bon ! Je sais pas encore ce que je veux. »
Un silence. Je palpe le doigt avec l’autre main. C’est si nu, si vide. Mais ils ont eu raison – il était temps de l’enlever. Il était temps d’essayer encore. Je tourne mon regard du doigt à la bougie au centre de la table, à la petite danse de la flamme…
Je mets la main au-dessous de la petite flamme de la bougie.
« Qu’est-ce que tu fais là ! Tu vas te brûler la main… »
« Il faut profiter de la vie ma chère…C’est notre voyage ne noces ! » Dis-je avec un peu de plaisanterie. Et tout de suite, j’enlève la main de la flamme à cause de la chaleur.
« Je te l’ai dit ! » Elle crie avec son rire mignon.
«Mais oui, tu es si intelligente ! Comment ai-je autant de chance ? » Elle roule les yeux et me sourit alors que je tiens sa main de l’autre côté de la table. Mon regard reste fixé sur ses yeux verts, jeunes, vivants…
« Pierre ? »
« Quoi ? Pardon. »
« Je t’ai demandé si tu vas ici souvent. »
« Ah…J’y allais souvent, mais pas récemment… »
« C’est un très joli restaurant. Merci pour m’y emmener. »
« Pas de problème. C’est mon plaisir. »
« Et ces fleures sur les tables! Elles sont merveilleuses ! »
Je place des roses blanches à côté de la pierre tombale, et j’enlève l’autre bouquet fané. Je reconnais le sentiment familier en regardant des larmes qui tombent de ma joue. Ça fait deux ans aujourd’hui, mais des larmes continuent à tomber. Deux ans que ce sol accapare mes larmes et ne donne rien en contrepartie.
« Pierre ? Est-ce que j’ai dit quelque chose pour te faire de la peine ? »
« Non, c’est pas toi. Je suis désolée. Je…je dois partir. Je suis désolée. » Je me lève et je vais vers la sortie, pas sûr si les genoux me soutiendront. J’ouvre la porte, haletant, privé d’oxygène. Dehors, le dos contre le mur, je pleure.
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